« Nécessaire, utile, accessoire » : maîtriser la synthèse orale serait un peu comme rédiger un bon communiqué de presse

Discussion détendue l’autre jour avec la responsable de communication d’une grande organisation professionnelle. J’avais essayé de la joindre ces deux derniers jours, sans autre réponse que « je suis en formation ».

– Alors, c’était quoi, cette formation ?

– Deux jours de stage sur la synthèse orale ! Une formation entièrement consacrée à l’art de formuler des réponses courtes et précises à des directeurs généraux noyés sous l’information. Le formateur nous a fait remarquer que nous avions tous le sentiment de bien communiquer – avec raison – alors que nos DG nous ont fortement incités à participer à ce stage ! En fait, ce pédagogue, qui était aussi un acteur, nous a enseigné à discerner ce que nos dirigeants attendent de nous lors de nos points d’information et d’échanges réguliers.

– Et la réponse est…

– Nos dirigeants souhaitent une information précise… sans que nous sachions toujours la discerner. A nous d’entendre leur question, de formuler une réponse courte, dépourvue de toute fioriture, de tout affect et surtout d’anticipation quant à leur attente supposée. C’est au manager de nous relancer s’il attend autre chose de nous, s’il en veut plus. En fait, ne rien devancer. Laisser venir les questions et se contenter d’être aussi factuel que bref.

– D’accord, mais qu’est-ce qui peut aider la personne interrogée de cette manière à trouver le bon tempo ?

– Eh bien, la méthode NUA. Ne dire que ce qui est NECESSAIRE, réserver l’UTILE en deuxième temps et taire l’ACCESSOIRE, sauf si l’échange devient plus fécond et si cet accessoire enrichit soudain la matière de l’échange. C’est à cela que nous nous sommes alors entraîné(e)s.

Fin de la conversation. Vous restez sur cette fin et un peu sur votre faim ? Vous trouvez desséchante la froide et impersonnelle attente des directeurs généraux ? Mais cherchez bien. S’il existe un domaine de la communication institutionnelle qui rejoint cette sévère exigence, ce sont bien les Relations presse. Qu’est-ce qu’un bon communiqué de presse ? Un texte bref qui indique le nécessaire (à qui n’a rien demandé), développe l’utile sans trop s’appesantir, et enfin ne fait que suggérer l’accessoire, de l’extrême fine pointe de la plume, laissant ce champ ouvert à la curiosité et à la disponibilité du journaliste destinataire de l’information.

Nécessaire, utile, accessoire. En résumé, rédiger un bon communiqué de presse, c’est un peu comme informer oralement son supérieur hiérarchique : aller à l’essentiel, ne dire que ce qui est nécessaire, tenir prêt ce qui peut s’avérer utile… et ne dégainer l’accessoire qu’en cas d’opportunité. A méditer pour mes prochaines infos à la presse. Et pour raconter cette anecdote à certains clients parfois trop enthousiastes (comme l’est le manager intermédiaire) au regard de sujets qui les touchent mais qui n’ont pas vocation à dépasser le pourtour de leurs émotions. Frustrant ? Pas plus que l’art du zazen selon ses adeptes : douloureux au départ, épuré ensuite.

PS : et si le schéma NUA était tout simplement celui de la « pyramide inversée », telle qu’on l’enseigne pour bien écrire sur le web ou dans les journaux ?