La langue de Molière

Je me suis récemment interrogé sur les raisons qui m’ont conduit à faire de l’écrit, mon métier. Ma réflexion n’est pas aboutie, mais en voici quelques fruits.

1. Aimer écrire, c’est vouloir durer

A la différence d’aimer parler, aimer écrire c’est moins chercher à convaincre que vouloir s’inscrire dans la durée, faire référence. Celui ou celle qui parle prend de l’autorité, celle ou celui qui écrit fait autorité.

2. Aimer sa langue, c’est chercher la vérité

Bien sûr, aimer sa langue, c’est trouver un support sur lequel déposer ses pensées intérieures.

Bien s’exprimer, c’est rechercher, comme à travers la musique, une harmonie. Ou comme en sport, le geste juste. Aimer sa langue, c’est respecter sa propre histoire. Aimer sa langue c’est aussi se connaître soi pour mieux aller vers les autres ensuite. C’est acquérir un peu de maîtrise sur ce qui est immatériel, voire inconnaissable.

On écrit pour être lu, on écrit pour être cru. On écrit pour être aimé.

Aimer lire, aimer écrire, c’est aimer les autres et savourer la vie

3. Le français, La langue de…

La langue de Descartes.- Je pense donc j’aime l’orthographe et la grammaire qui sont pareils à des instruments de musique bien accordés.

La langue de Verlaine et de Rimbaud.- Aimer la langue, c’est transgresser.

La langue de Perec.- Aimer la langue, tellement l’aimer, c’est jouer avec elle en confiance, sans autre finalité que le jeu.

Et la langue de Molière, alors ? La langue de Molière est celle d’une époque. La langue est celle d’un art, le théâtre, qui porte le jeu et les mots au-delà du jeu et des mots. La langue de Molière est celle d’un homme qui l’a libérée de bien des servitudes qu’elle s’imposait à elle-même.

La langue d’Eluard.- Quelqu’un a ouvert la boîte et la langue s’est échappée, trouvant son envol. La langue s’est libérée. Comme Molière aussi l’avait fait en son temps.

A suivre.