Les mots des #RP changent… un peu. Signe d‘une simplification des relations avec la presse ou d’une dissolution de l’image des médias et journalistes ?

Intelligible, RP, France

Château de Versailles, galerie des glaces (photo Jean Remy)

Premier terme inélégant dégagé depuis longtemps ou qui devrait l’être : convoquer

Souvent nous freinons un peu nos clients quant à l’opportunité d’inviter les journalistes à se déplacer pour les rencontrer, s’ils n’ont rien d’autre à montrer physiquement qu’eux-mêmes. Nous leur conseillons d’éviter ces « points presse » trop fréquents, au profit d’échanges moins formels, plus rapides (plus rapides surtout pour le journaliste) et plus personnels (c’est même la clé).

–         Alors on ne convoque pas les journalistes ? résume le client.

Et là, à cet instant précis, vous vous recroquevillez, esquissez une petite grimace et dites dans un souffle :

–         non, Madame, non, Monsieur, on ne les convoque pas cette fois-ci et d’ailleurs on ne les convoque jamais. Convoquez-vous vos prospects ou les INVITEZ-vous ?

Deuxième terme vraiment pompeux qui bat de l’aile : conférence de presse

Cette expression-là, on l’aimait bien. Elle nous donnait l’impression de fouler le tapis soyeux de la salle des fêtes de l’Élysée un jour de conférence de presse présidentielle. Avec son accent gaullien, elle donnait de la hauteur à n’importe quelle circonstance plate. Las, on dissuade le client de réunir une conférence de presse qu’un ou deux correspondants locaux honoreront de leur présence, pour découvrir une actualité qu’ils pourraient couvrir en une brève, à la simple lecture d’une information transmise par mail. Aux premières paroles du « conférencier », on verra leurs crayons courir à toute vitesse sur le bloc-note. Mais au bout de quelques minutes, les crayons seront comme engourdis et entreront en léthargie.

On chausse désormais moins grand : on nomme « point presse » ces temps de rencontre où plusieurs journalistes s’épient du regard (mais ils se connaissent bien…) afin de ne pas poser la seule bonne question qu’ils ont envie de poser mais qu’ils gardent dans leur jeu comme une botte secrète, un atout maître. On a besoin de points presse c’est sûr, mais point trop.

Troisième terme pas trop pompeux mais qu’on peut aussi dépoussiérer : le communiqué de presse

« Communiqué de presse » : encore une expression à la tonalité claironnante. Arrêtez les rotatives : l’information arrive ! Elle est bigrement importante. Elle fait l’objet d’un communiqué de presse.

Moi je passe des heures et des jours à rédiger des communiqués de presse. Mais parfois je les appelle « information presse ». Ce n’est pas grand-chose. Juste un peu plus simple. Un peu plus concret. Et un peu moins comminatoire.

Moralité : c’est mieux. C’est sûr ?

Que signifient ces substitutions de vocabulaire que je semble approuver, si l’on m’a bien lu jusqu’ici ? Dans l’hypothèse heureuse, celle que je fais en rédigeant ce billet, elles nous indiquent qu’on prend moins de gants, qu’on a cessé d’enfermer « la presse » dans une gangue d’officialité, qu’on est moins ampoulé et c’est tant mieux. On a vu disparaître depuis longtemps l’expression « 5e pouvoir » et là franchement, bravo. La presse n’a pas à vocation à s’affirmer comme un pouvoir.

Mais il est possible que ces glissements témoignent aussi de l’oubli de la spécificité des médias et des journalistes qu’on amalgame soit à des fournisseurs, soit à des clients (oui, ces situations-là sont réversibles), soit à plus grand-chose d’émergeant, que la vague écumante des réseaux sociaux n’ait englouti.

PS : reste quand-même le dossier de presse. « Dossier » : un vocable aussi stable qu’un dossier de chaise, auquel je continuerai longtemps à… m’adosser.