Macron, c’est bien plus qu’un barrage anti-Le Pen : un vrai projet !

Je trouve enthousiasmant le projet politique d’Emmanuel Macron, depuis ses premières prises de position publiques. Ce dimanche, je suis un peu triste de lire tous ces appels à « faire barrage à Marine Le Pen », qui font hélas passer au second plan la richesse des propositions du candidat social-libéral.

Si je me transformais à mon tour en « éditorialiste sur mon blog », je commencerais par rappeler que la candidate du Front National ne porte aucun projet crédible, motivant et porteur d’avenir.  On a pu l‘entendre dire à propos de l’Europe, mercredi soir à Nice : « C’est vous qui déciderez. » Je croyais que c’est en votant pour elle, dimanche 7 mai, qu’on allait décider du sort de la France en Europe, donc aussi du sort de l’Europe. Mais non. Après avoir voté pour elle, puis à nouveau pour ses partisans aux deux tours des législatives en juin, il faudrait encore se prononcer lors d’un référendum. Ensuite de quoi il y aurait peut-être d’autres référendums portant sur, je ne sais pas, l’appartenance à l’OTAN, la prohibition du café, du cacao et du pétrole qu’on ne produit pas en France, voire encore la dissolution du Sénat puisque le Front National n’y compte aucun élu et que le Congrès doit être réuni pour réviser la Constitution. Sans compter les dates des soldes et les périodes de pêche et chasse. Afin de motiver les électeurs, des concours de selfies seront organisés. Des décors peints avec un trou pour laisser passer la tête nous permettront, comme au musée des arts forains, d’être partout photographiables avec la présidente, son père, son mari ou sa nièce, voire Dupont-Aignan s’il passe avec succès sa période d’essai. Ces selfies, on pourra se les offrir soit en euros, soit en francs, puisqu’aux dernières nouvelles il y aura deux monnaies en circulation (avant un référendum qui nous demande de choisir entre les deux ?).

Un peu d’humour ne nuit pas, je pense, pour parler de l’inanité ce programme. Je laisse en effet dans ma poche les arguments moraux, les valeurs d’ouverture à l’autre, puisque j’ai bien compris qu’en les avançant, on laisse entendre qu’après tout, le programme de ce parti serait bon pour la France, n’était le fait qu’il ne soit pas très moral. Auquel cas, comme l’expliquait André Comte-Sponville sur les antennes de France Inter vendredi matin, on est sûr que la digue morale ne tarde pas à céder. D’ailleurs, il semble que ce soit déjà fait. Donc répétons-le à la suite de beaucoup d’autres, le non-programme du FN ne mène à rien qu’à une paupérisation rapide d’à peu près toutes les catégories sociales (étant entendu que quand les gros maigrissent, les maigres meurent).

L’avenir m’intéresse, j’y passerai le restant de mes jours

On ne peut pas être trop long dans un « éditorial ». Pourtant, je voudrais exprimer à grands traits tout ce qui m’enthousiasme dans le programme de Macron. Dès 2015, il m’a emballé dans l’interview (accordée au Point, je crois) où il explique que la « lutte des classes », schéma sur lequel s’est construit la pensée de gauche des XIXe et XXe siècles, s’est déplacée : la fracture la plus insupportable passe entre ceux qui sont intégrés (emploi, éducation, logement, santé…) et ceux qui ne le sont pas. La priorité est de protéger ces exclus, et d’ailleurs moins de les « protéger » que de leur donner les moyens de s’intégrer (la fameuse canne à pêche, plus utile qu’un poisson pour manger chaque jour à sa faim). La « défense des acquis » me paraît dérisoire quand une large partie de la population n’a plus rien d’acquis.

Il n’y a dès lors pas trente-six solutions :

1) Remettre à plat les régimes de redistribution pour viser l’égalité entre tous ; renouveler l’école, la formation, rafraîchir le dialogue social, je trouve que c’est bien une idée de gauche, en tout cas de gauche rocardienne.

2) Mais se pose ici la question clé : redistribuer quoi ? Les « fruits de la croissance », dit-on généralement. Là aussi, le programme de Macron part du réel, se tient à l’écoute de ce que les autres pays ont à nous dire. Ce qu’ils attendent de la France, parce que la France est un marché de 65 millions de consommateurs et qu’il est dans l’intérêt de nos partenaires qu’elle aille bien, la France. Ce programme vise à libérer les énergies. Au passage, je relève aussi que Macron est le premier candidat à s’intéresser aux TNS (travailleurs non-salariés) qui vont constituer une part croissante de la population – notamment des jeunes – sans disposer à ce jour d’aucune part de voix.

Il ne s’agit donc pas, ou plus, d’être de droite ou être de gauche. Il s’agit d’être généreux envers l’avenir puisque c’est là que nous passerons la suite de notre vie, pour paraphraser le libéral américain Woody Allen (voir deux paragraphes ci-dessous ce que j’entends par « libéral »).

On voudrait aussi que les « fruits de la croissance » soient bio

Oui, on voudrait tous que les « fruits de la croissance » soient bio. On trouve alors que Macron est moins écolo que n’ont été Hamon ou Mélenchon. Sans doute parce que je suis libéral, je crois que c’est des entreprises (et des laboratoires, et des écoles, qu’elles contribuent à financer) – c’est-à-dire du réel – que viendront les (r)évolutions écologiques : des produits comme la « route solaire » naissent à l’initiative de grands bétonneurs devant l’Eternel ; les constructeurs automobiles travaillent d’arrache-pied à produire des véhicules propres (je sais, le dieselgate fait mal…) ; les travaux de laboratoires sortent plus facilement des éprouvettes dès lors qu’ils rencontrent des investisseurs désireux de les transformer en projets d’entreprises.

Pourquoi priver de liberté ceux qui n’entraveront pas la mienne ?

Pour faire référence au débat sur le « mariage pour tous », j’ai du mal à comprendre qu’on puisse vouloir priver de liberté ceux qui, en aucun cas, n’entraveront la mienne. Il me semble que Macron est en France l’un des premiers à considérer que libéralisme économique et libéralisme sociétal vont de pair. Souvent jusque-là, j’ai trouvé que les « libéraux économiques » n’étaient pas libéraux sur le plan sociétal, et inversement. En prônant un libéralisme complet, Macron ressemble à tous ceux que je rencontre tous les jours dans la vraie vie. Qui construisent leur vie en profitant d’une liberté, de conditions d’égalité et d’un désir de fraternité qui sont presque naturels… Hélas tout est dans le presque !

La faiblesse du libéralisme, il est vrai, c’est d’être le seul type de régime à accepter d’être critiqué de l’intérieur. On ne s’en prive donc pas.

 « On ne va pas choisir entre un banquier et une facho »… Y’a rien qui vous choque, là-dedans ?

Je suis frappé, dans cette campagne, par cette idée que si un candidat ne nous convient pas à cent pour cent, il ne faut pas voter pour lui. L’idée s’est malheureusement répandue auprès des plus jeunes qu’un candidat n’est digne de notre vote que s’il prouve à l’avance qu’il ne commettra aucune erreur, propose un programme qui réponde aux besoins immédiats de la totalité des Français, bref qu’il soit muni d’un pouvoir magique. On n’est pas loin de celui que détenaient les rois de France et d’Angleterre, capables de guérir les écrouelles en touchant les « patients » de leurs royales mains.

Mesdames et Messieurs les abstentionnistes, vous nous expliquez que nous n’aurions le choix qu’entre un « banquier » et une « facho ». Et vous n’êtes pas choqué par les conclusions que vous en tirez : ne pas voter. Seriez-vous toujours sur la même longueur d’onde si l’on disait : nous n’avons le choix qu’entre un(e) ingénieur et un(e) pro-nazi ? Moi, mon banquier est sympa. Même s’il ne l’était pas, il resterait un professionnel honorable. En revanche, facho, c’est pas du tout un métier d’avenir. Nos parents et grands-parents l’ont constaté, dans la douleur, au cours du siècle dernier.

Car vous, Mesdames et Messieurs les électeurs de Marine Le Pen, je suis triste pour vous (et pour moi, et pour mes enfants) car vous vous gourez. Vous avez sans doute des motifs de rancœur, mais il n’empêche que vous faites vraiment fausse route.

Nous avons la chance de vivre dans un pays libre et démocratique. J’ai l’espoir que mon pays se donne un président qui en renouvelle et rafraîchisse les élans, au bénéfice de millions de gens qui ne se portent pas bien aujourd’hui, come aussi au bénéfice de l’Europe, troisième espace le plus peuplé du monde.

 

 

 

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